L’allergie alimentaire au menu des Starbucks

Starbucks et l'allergie alimentaireQuel bonheur d’apprendre que la très célèbre chaîne de cafés s’intéresse [pour ma plus grande joie] aux personnes souffrant d’allergie alimentaire. Suite à de multiples demandes, l’enseigne Starbucks se décide enfin à expérimenter des boissons à base de lait de coco comme alternative au lait de vache. Cette nouvelle carte est proposée dès aujourd’hui (17 février 2015) dans les franchises américaines en attendant de voir jusqu’où cette opération s’étendra.

Je suis particulièrement touchée par cette initiative car il s’agit peut-être des prémices d’évolutions importantes sur le sujet. Comme je vous le disais dans mon « avis aux lecteurs« , ma fille est également allergique aux protéines de lait de vache. Si je suis contente d’avoir parfaitement intégré ce paramètre à notre vie quotidienne, je peux vous avouer que tout n’a pas toujours été aussi fluide.

En effet, le diagnostic de l’intolérance et/ou de l’allergie alimentaire (je ne maîtrise toujours pas la différence) a été très long à être posé. J’ai commencé à me poser des questions dès le deuxième mois de ma fille car elle a eu une sévère  éruption cutanée que le pédiatre nommera « dermatite atopique ». Nous avons essayé toutes les crèmes conseillées par le médecin, rien n’y a fait.  A cette période, j’essaie d’introduire un biberon le soir afin de passer des nuits plus calmes et là, c’est la CATASTROPHE ! Après ce biberon, ma fille refuse d’ingurgiter quoi que ce soit et se plaint toute la nuit . Le lendemain midi, malgré le fait de n’avoir rien avalé depuis plusieurs heures, elle se met à vomir. Elle nous ressert tout le lait que nous lui avons proposé la veille. Je mets tout cela sur le compte du manque d’habitude. Je me dis que le biberon est beaucoup trop lourd pour elle qui est exclusivement allaitée. Je prévois de réessayer un peu plus tard. C’est ce que je fais lorsqu’elle a 3 mois et demi.

Si plus tôt, je parlais de « CATASTROPHE », là j’ai l’impression d’être à la « FIN DE MA VIE ».

Quinze minutes après le second biberon de sa petite vie, mon pauvre bébé se met à vomir … sans arrêt. Elle n’a plus rien dans le ventre, mais elle continue de rejeter tout ce qu’elle peut. A la fin, elle est à bout de force et apparaît quasiment inanimée. J’ai le cœur qui se fend. Je ne peux rien faire d’autre que la serrer dans mes bras et lui chuchoter à l’oreille que je suis désolée et que ça ira mieux. Je la garde à mes côtés toute la nuit pour surveiller une éventuelle anomalie.

Devant ces symptômes, je fais appel à un ami : GOOGLE. Plusieurs articles dont celui-ci associent « dermatite atopique » et « allergie alimentaire ». De plus, j’apprends également que l’allergie aux protéines de lait de vache provoque des rhumes, des régurgitations, un manque d’appétit …. Ma fille souffrait de toutes ces choses !

Le couperet tombe, je suis dépitée. Je me pose un tas de questions. C’est la confusion des sentiments. Entre culpabilité et tentatives de faire bonne figure, je tape à gauche et à droite pour trouver des réponses :

  • « Ai-je eu un comportement critiquable pendant ma grossesse qui expliquerait la situation actuelle ? » Je m’avoue en mon for intérieur que contrairement à ma première grossesse, j’ai été un peu plus laxiste sur mon alimentation. « Il y a sûrement des aliments que je n’aurai pas dû consommer » me disais-je. De plus, je me rappelle d’épisodes où je me suis emportée, agacée et énervée par des détails qui n’en valaient finalement pas la peine (il parait que de mauvais états d’âmes en attendant bébé peuvent entraîner des allergies alimentaires chez nos progénitures, à vérifier !).

 

  • « Comment vais-je nourrir ma fille ? » Quand j’ai la confirmation que ma fille ne supporte pas les protéines de lait de vache,  je panique. Même si ma petite était encore allaitée à cette époque, je commence à penser à ma reprise. « Je ne resterai pas éternellement à la maison », n’arrêtais-je pas de me répéter à longueur de journée, comme obsédée par cette idée.

 

  • « Mon enfant se développera t’elle normalement ? » Nous avons tous fini par intégrer le fait que le lait (de vache) est essentiel au bon fonctionnement de l’organisme humain. Autant vous dire que j’ai changé d’avis depuis, un peu par la force des choses et beaucoup pour avoir fait d’intenses recherches sur ce thème.

Je vais une énième fois consulter. Notre pédiatre, très sympathique au demeurant me fait comprendre poliment que je suis en plein délire. Pour elle, les symptômes d’une allergie alimentaire apparaissent tout de suite après l’ingurgitation des aliments mal tolérés et non le lendemain comme cela a été le cas la première fois pour ma fille.

Comment lui expliquer les choses ? A ce moment précis, je bouillonne intérieurement.

Je pense tout bas : « il n’y a rien de sorcier à comprendre ». Je sais que ma fille ne tolère pas le lait de vache. Malheureusement, je ne suis pas médecin et je ne peux aucunement me baser sur des certitudes. Mais je continue à me fier à mon instinct maternel.

Malgré moi, je rentre à la maison sans avoir obtenu le soutien du pédiatre.

Je me convaincs que poursuivre  l’allaitement plus longtemps que les 6 mois préalablement prévus fera l’affaire. Mais les boutons et les autres bobos persistent. Je décide donc de suivre moi-même, un régime d’éviction des produits laitiers. Au bout d’une semaine ma petite dernière va beaucoup mieux : elle ne chouine plus, elle ne régurgite plus autant, les boutons disparaissent petit à petit, elle ne toussote plus, les écoulements nasals s’estompent …. Bref je suis heureuse. Je m’aperçois que ma fille réagit également à mon alimentation.

Rebelote. Je me rends de nouveau au cabinet médical. Notre médecin est très réceptive à ce que je lui raconte et décide de mettre la petite sous une préparation hypoallergénique fortement hydrolysée.

Avec du recul, je comprends qu’elle  ne cherchait pas à me contrarier mais plutôt à explorer toutes les pistes avant que je ne m’affole. Au final, elle a bien eu raison de m’aider dans ce sens car les recherches sur internet sont plus anxiogènes que rassurantes.

Nous commençons alors avec le « Nutramigen ». Ma fille déteste. Pour tout vous dire, ce lait est imbuvable. L’odeur est répugnante. On nous fait passer au « Pepti Junior », pas plus de succès. On essaie le lait de riz, elle le digère mal.

Le pédiatre adresse alors une lettre à une allergologue. Nous nous y rendons. Pour cette dame, le verdict est clair, ma fille est une vraie allergique. Il lui est totalement interdit de manger de la viande rouge ou tout produit pouvant contenir du lait de vache. Elle nous conseille un autre lait au goût moins désagréable : «Néocate». C’est mieux. La petite s’y adapte petit à petit et elle en est encore accroc aujourd’hui.

Nous sommes au début d’un long chemin d’apprentissage. Je me remémore tous les moments d’incertitudes du début et je me dis que je suis contente de n’avoir rien lâché. J’ai emmené avec moi le médecin. Nous avons fait des  recherches et nous avons trouvé des solutions.

Cette histoire m’a appris à croire en moi et en mon instinct de mère . Faisons-nous confiance, acceptons ce que nous ressentons quand il s’agit de nos bambins et n’ayons pas peur de défendre notre point de vue. Quoi que l’on dise, la médecine n’est pas une science exacte. Aidons les médecins à poser leur diagnostic. Ils ont besoin de nous pour mieux nous répondre

  • Cela ne sert à rien de se confondre en excuses devant son enfant parce que l’on se sent coupable. Nous y sommes pour rien.Nos enfants ont besoin de nous voir heureux et pleins d’énergie pour trouver des solutions ou des arrangements qui font l’affaire. Pendant longtemps, je me suis dit que l’allergie alimentaire de ma fille était due à de mauvaises attitudes pendant ma grossesse. Aujourd’hui, je n’en ai aucune certitude. A part me donner des insomnies, toutes ces questions n’ont pas fait avancer le schmilblick.
  • Au lieu de m’apitoyer sur mon sort, je bataille tous les jours pour être originale et proposer de belles saveurs à ma famille sans lait, ni crème ni autres produits laitiers.
  • Je déborde d’imagination et d’astuces pour offrir un quotidien presque semblable à celui des autres enfants.

Vivre avec une allergie alimentaire n’est pas toujours facile. Pour un enfant, il paraît inadmissible de ne pas se régaler de tous ces gâteaux appétissants lors d’anniversaires. De notre côté, nous avons adopté quelques comportements qui nous permettent de vivre au  mieux avec cette intolérance.

  1. Expliquer, expliquer et encore expliquer ce qui se passe dans son corps. Il n’y a que le dialogue qui porte ses fruits. Nous avons expliqué à notre fille dès le plus jeune âge, le problème qu’elle avait. Elle le comprend bien maintenant. Cependant, cela ne nous met pas à l’abri de quelques crises sporadiques. C’est normal, elle se sent frustrée lorsqu’elle voit les autres de son âge manger de tout et pas elle. Aujourd’hui, à deux ans et demi, elle refuse certains aliments de son propre chef en disant de sa petite voix « Non ! je vais avoir mal au ventre, je vais être malade ». Elle garde un mauvais souvenir de certains épisodes où elle a été très mal suite aux multiples tentatives de réintroduction du lait de vache dans son alimentation.
  2. Dédramatiser. Nous ne lui faisons pas peur avec nos mots. Lorsqu’elle se plaint de ne pas avoir un gâteau auquel sa sœur a eu droit par exemple, nous ne lui renvoyons pas systématiquement sa condition au visage. Je rigole et je lui sors la phrase qui marche à tous les coups :« Quoi ? Tu veux manger ça ? Ah maman n’aime pas du tout ? Il n’y a que ta sœur pour manger ça ! Tu veux vraiment goûter ? ». Soit elle me suit sur ma lancée et tant mieux, soit elle s’affirme et veut y goûter coûte que coûte. Ce n’est pas grave,  je lui en donne une miette. Au moins, elle a l’impression d’avoir choisi et finit la plupart du temps par me dire qu’elle n’apprécie pas vraiment le gâteau pourtant si convoité une minute auparavant. Sa grande sœur est maintenant complice à ce jeu, elle adore. De cette manière, elle aussi réalise qu’il peut arriver que sa sœur soit mécontente en pareille situation. Elle choisit de moins en moins de « produits à problèmes ». Quand elle a vraiment envie de certaines choses, elle propose d’aller se régaler en cachette dans la cuisine pour ne pas faire mal à sa sœur. Ça l’amuse! Nous avons beaucoup de chance que la petite ne réagisse pas aux toutes petites quantités de produits allergènes. Cela nous donne une certaine marge de manœuvre pour négocier. Elle n’est pas toujours facile en affaires. Résultat, elle n’a tellement pas l’habitude de certains aliments qu’elle les refuse automatiquement, non pas par prise de conscience de son état mais juste parce que ceux-ci ne font pas partie de son quotidien. Pour anecdote, son père a une fois fait une erreur « absurde ». Machinalement, il lui a prposé un mini pain au chocolat. Lorsqu’il lui tend la viennoiserie, nous nous rendons compte tout de suite de la gravité de la situation.

Comment faire ?

Impossible de le lui retirer. Nous sommes loin d’imaginer qu’elle le repousse.  « Humm, tout ce beurre, tout ce chocolat ! » doit-elle se dire. Ce sont dix interminables secondes qui s’écoulent jusqu’à ce qu’elle en croque un minuscule bout et nous le redonne en disant qu’elle n’en veut pas.

OUF …..

  1. Repenser globalement l’alimentation de la famille toute entière. Nous avons banni la majorité des produits laitiers. Nous arrivons à un équilibre alimentaire en consommant beaucoup de fruits et légumes riches en calcium. Pour les recettes à crème, nous remplaçons les crèmes classiques par de la crème de coco. Pareil pour les gâteaux et autres …. J’aurai l’occasion de vous livrer quelques unes de nos recettes préférées. Partager les mêmes repas crée une unité et une connexion au sein de la famille. C’est une façon de dire que personne n’est isolé et que  tout le monde se soutient.

 

  1. Amorcer les éventuelles crises en prévoyant tout un tas de choses : lorsque nous sommes invités, nous préparons de délicieux gâteaux ou des crêpes gourmandes que nous emmenons avec nous. Le lait ne fait pas tout. Vous n’imaginez pas tout ce qu’on peut cuisiner avec des substituts et c’est tout aussi bon. Une fois sur place, nous présentons nos réalisations parmi les autres. Nous faisons en sorte que nos pâtisseries soient plus attractives que les autres. Tout le monde se jette dessus et « ma fille suit le mouvement ».Elle a l’impression de faire comme tout le monde. Pour le moment, ça marche comme ça et tant mieux. « A chaque jour suffit sa peine ».

 

  1. Au début, ça été très dur d’accepter le problème de ma fille. Ça a vraiment chamboulé notre vie et nos habitudes. Mais FRAN-CHE-MENT …. J’ai pris beaucoup de recul  et au final je me demande une chose : « Est-ce si grave» ? La réponse est « NON ». Il y a tellement  plus grave. Je pense à tous ces enfants atteints de maladie auto-immunes ou incurables. Je profite de la mienne et je dis « Merci » à ma bonne étoile.

 

J’ai bon espoir que nos enfants, malgré leur pathologies diverses et variées aient une vie sociale normale. Je souhaite que ma fille puisse accepter un rendez-vous avec ses amis dans un Starbucks  et pouvoir y consommer quelque chose. Je souhaite qu’elle ne soit pas celle qui propose des programmes alternatifs pour pouvoir y participer pleinement. Je souhaite que l’alternatif se transforme en normalité.

Bravo à toutes les personnes  qui travaillent dans ce sens.

Et vous, comment avez-vous accueilli ce diagnostic ? Comment le vivez-vous au quotidien ? N’hésitez pas à partager vos trucs et astuces.

Bien à vous.

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